Guide à jour mai 2026 — Convention Unédic du 15 novembre 2024, en vigueur depuis le 1er avril 2025. Mode de calcul exact, procédure de réexamen IPR, conditions du reliquat et cinq cas pratiques chiffrés.
La règle des 455 heures est l'une des notions les plus mal expliquées du droit au chômage après démission. Et pour cause : selon votre situation, ce seuil joue dans deux sens opposés. Dans un cas, vous devez rester en dessous pour préserver vos droits. Dans l'autre, vous devez le franchir pour pouvoir prétendre à une indemnisation. La plupart des articles disponibles mélangent ces deux logiques et créent plus de confusion qu'autre chose.
Ce guide reprend la règle à zéro, en s'appuyant sur la convention Unédic du 15 novembre 2024 (annexée à l'arrêté du 19 décembre 2024). Le simulateur en haut de page identifie automatiquement le bon cas à partir de votre situation et calcule votre position par rapport au seuil.
La règle des 455 heures après démission : ce que prévoit la convention Unédic 2024
Le principe de base de l'assurance chômage est simple : l'Allocation d'aide au Retour à l'Emploi (ARE) est réservée aux personnes involontairement privées d'emploi. La démission étant une rupture à l'initiative du salarié, elle exclut en principe l'indemnisation.
La convention du 15 novembre 2024, annexée à l'arrêté du 19 décembre 2024, prévoit toutefois des exceptions. La plus connue concerne le seuil de 65 jours travaillés ou 455 heures de travail. Ces deux valeurs sont équivalentes : 65 × 7 ≈ 455 heures. France Travail utilise indifféremment l'un ou l'autre selon que le contrat de travail s'exprime en jours ou en heures.
Ce seuil de 455 heures correspond approximativement à trois mois de travail à temps plein. Il sert de borne dans deux dispositifs distincts du règlement général annexé à la convention :
- Le reliquat de droits à l'ARE pour les allocataires en cours d'indemnisation
- La demande de réexamen par l'Instance Paritaire Régionale (IPR) après 121 jours de chômage
C'est précisément le fait que la même valeur (455 h) intervienne dans deux logiques opposées qui rend ce sujet si confus.
Les 455 heures dans deux contextes opposés : ne pas confondre
Voici la distinction fondamentale qu'il faut intégrer avant tout calcul.
Cas n° 1 — Vous étiez déjà allocataire ARE
Vous percevez (ou perceviez) l'ARE. Vous avez retrouvé un emploi. Vous démissionnez de ce nouvel emploi. La question est : votre reliquat de droits est-il préservé ?
Vous devez avoir travaillé MOINS de 455 heures depuis la reprise d'activité.
Si vous restez sous ce seuil, votre reliquat est sauvegardé. France Travail reprend le paiement de votre ARE après nouvelle inscription. Si vous dépassez, votre reliquat est en principe perdu (sauf exceptions sur les contrats de moins de 8 jours ou de moins de 17 heures hebdomadaires).
Cas n° 2 — Vous démissionnez et voulez ouvrir des droits
Vous n'avez pas de reliquat ARE. Vous avez démissionné et travaillez depuis. Vous voulez demander des allocations chômage.
Vous devez avoir travaillé PLUS de 455 heures depuis votre démission.
C'est seulement à partir de ce seuil, et au-delà de 121 jours de chômage, que vous pouvez demander un réexamen de votre situation à l'IPR de France Travail. Le versement de l'ARE débute alors au plus tôt au 122ᵉ jour.
Cette dualité est le piège classique du dispositif. Le simulateur en haut de page clarifie automatiquement le bon cas selon votre situation et indique le sens dans lequel jouer le seuil.
Comment calculer concrètement les 455 heures de travail ?
Le décompte se fait en heures réellement travaillées, peu importe le nombre d'employeurs successifs. France Travail additionne les heures de tous les contrats — CDD, CDI, intérim, contrats d'apprentissage ou de professionnalisation — postérieurs à la démission de référence.
Temps plein vs temps partiel
À 35 heures hebdomadaires, le seuil est atteint en 13 semaines (35 × 13 = 455). À 39 heures, il faut environ 11,7 semaines. À mi-temps (17,5 h/semaine), il faut 26 semaines, soit six mois.
Le décompte en jours travaillés (65 jours) suit une logique distincte : un jour ouvré dans le mois compte pour 1, indépendamment du nombre d'heures effectuées ce jour-là. France Travail retient la valeur la plus favorable au salarié.
Cumul de plusieurs employeurs
Les 455 heures peuvent être réparties entre plusieurs contrats successifs. Un mois en CDD chez l'employeur A, un autre mois en intérim chez l'employeur B, deux semaines en remplacement chez l'employeur C : tout s'additionne.
L'essentiel est que la démission de référence (celle qui pose problème) soit la seule rupture à votre initiative dans la période. Une nouvelle démission au cours du cumul fait repartir le compteur à zéro.
Le cas du seuil 610 heures / 88 jours (53-54 ans)
Pour les allocataires âgés de 53 et 54 ans, la convention 2024 introduit un seuil rehaussé : la reprise de l'indemnisation après démission suppose d'avoir retravaillé 88 jours ou 610 heures (et non 65 jours / 455 heures). Cette dérogation s'inscrit dans la cohérence avec la réforme des retraites.
Atteindre 455 heures : la procédure de réexamen IPR après 121 jours
Si vous êtes dans le cas n° 2 (vous voulez ouvrir des droits après démission), franchir les 455 heures ne suffit pas. Il faut aussi avoir épuisé un délai d'attente de 121 jours de chômage, soit environ quatre mois.
Le délai des 4 mois
Le compteur démarre au lendemain de la fin de votre préavis. Pendant ces 121 jours, vous n'êtes pas indemnisé. Vous devez en revanche être inscrit comme demandeur d'emploi pour que la période compte, et démontrer une recherche active.
Constituer son dossier de réexamen
Au 121ᵉ jour, depuis votre espace personnel sur francetravail.fr, rubrique « Demandes suite à démission » dans « Mon inscription et mes allocations », vous déposez votre demande de nouvel examen. Le dossier comprend :
- Les justificatifs de recherche active d'emploi : candidatures envoyées, réponses reçues, comptes-rendus d'entretiens
- Les éventuelles reprises d'emploi de courte durée (qui contribuent par ailleurs au calcul des 455 h)
- Les démarches de formation entreprises pendant la période
- Toute démarche concrète vers une création d'entreprise, une reconversion, un service civique
Décision et point de départ de l'ARE
L'IPR de France Travail vérifie deux conditions cumulatives :
- Que vous remplissez bien les conditions générales d'attribution de l'ARE (autres que celle de la perte involontaire d'emploi)
- Que vous apportez la preuve d'une recherche d'emploi effective et de démarches concrètes
Si la décision est favorable, l'indemnisation débute au plus tôt au 122ᵉ jour, jamais rétroactivement. Le refus est susceptible de recours auprès du médiateur de France Travail.
Rester sous 455 heures : protéger son reliquat de droits ARE
Si vous êtes dans le cas n° 1 (vous étiez déjà allocataire), la stratégie est inverse : il faut rester sous le seuil de 455 heures pour conserver votre reliquat.
Les trois conditions cumulatives du reliquat
Pour bénéficier du reliquat après une démission, vous devez réunir l'ensemble des conditions suivantes :
- Ne pas avoir épuisé vos droits ARE antérieurs lors de votre précédente inscription
- Avoir travaillé moins de 65 jours ou 455 heures depuis l'ouverture (ou la reprise) de vos droits
- Vous réinscrire comme demandeur d'emploi à France Travail
Cas particulier : contrat très court ou très partiel
Même si vous dépassez les 455 heures cumulées, vous pouvez préserver votre reliquat dans deux hypothèses :
- Le contrat duquel vous démissionnez a duré moins de 8 jours civils (soit 6 jours ouvrables)
- Ou ce contrat représentait moins de 17 heures de travail par semaine
Cette exception protège les salariés qui démissionnent d'un emploi marginal après avoir cumulé plus de 455 h sur d'autres contrats.
Démarche pratique
Réinscription sur francetravail.fr le lendemain de la fin du préavis. Demande de reprise du paiement depuis l'espace personnel, service « Gérer mes demandes d'allocations » sous « Mon inscription et mes allocations ». Joindre attestation employeur et certificat de travail.
Les alternatives au seuil 455 h : démissions légitimes et démission-reconversion
Le seuil 455 heures n'est pas le seul chemin vers l'ARE après une démission. Deux dispositifs permettent de s'en affranchir.
Les 17 motifs de démission légitime
La convention reconnaît une liste limitative de 17 motifs considérés comme légitimes par l'Unédic. Sans prétendre à l'exhaustivité, citons :
- Mariage ou PACS imposant un changement de résidence (démission dans les 2 mois)
- Suivi du conjoint ou partenaire muté, embauché ou créateur d'entreprise
- Violences conjugales documentées par dépôt de plainte
- Non-paiement du salaire malgré une ordonnance de référé
- Victime d'actes délictueux dans le cadre du travail (harcèlement notamment)
- Échec de création/reprise d'entreprise (avec activité immatriculée)
- Mineur suivant ses parents, majeur protégé suivant son tuteur
- Enfant handicapé admis dans une structure éloignée
- Signature d'un service civique ou volontariat international de plus d'un an
Le motif retenu doit être attesté par des pièces officielles. France Travail apprécie au cas par cas.
La démission-reconversion (projet professionnel)
Distincte des motifs légitimes, la démission pour projet professionnel ouvre l'ARE si :
- Vous justifiez de 5 années d'affiliation continue à l'assurance chômage (1 300 jours travaillés sur les 5 dernières années)
- Votre projet est attesté par une Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR / Transitions Pro) comme « réel et sérieux »
- Vous engagez les démarches dans les 6 mois suivant la validation
Ce dispositif convient aux reconversions structurées (formation longue, création d'entreprise documentée).
Cas pratiques chiffrés : 5 situations concrètes
Cas 1 — Léa, 28 ans, démission de CDI
Léa démissionne le 1er février d'un CDI dont elle disposait depuis 18 mois. Elle n'avait aucun reliquat ARE antérieur. Elle retrouve un CDD de 3 mois à 35 h/semaine, qu'elle termine à son terme. Total : 13 × 35 = 455 heures. Léa franchit le seuil. Elle s'inscrit comme demandeuse d'emploi. Au 122ᵉ jour de chômage, après dépôt d'un dossier solide, l'IPR accepte le réexamen et l'ARE commence à être versée.
Cas 2 — Karim, 35 ans, reliquat ARE et démission
Karim percevait l'ARE depuis 4 mois quand il a retrouvé un poste en CDI. Au bout de 8 semaines à 35 h, il démissionne. Total : 8 × 35 = 280 heures. Karim reste sous 455 h. Son reliquat ARE est préservé : France Travail reprend le versement des allocations restantes après réinscription.
Cas 3 — Nadia, 42 ans, dépassement du seuil reliquat
Nadia percevait un reliquat ARE. Elle a travaillé 16 semaines à 35 h chez un nouvel employeur (560 h), puis démissionne. Total : 560 heures, dépassement. Son reliquat est en principe perdu — sauf si elle peut prouver que le contrat duquel elle démissionne durait moins de 8 jours ou moins de 17 h hebdo, ce qui n'est pas son cas. Il lui reste à attendre 121 jours et déposer une demande de réexamen IPR.
Cas 4 — Thomas, 31 ans, multi-employeurs
Thomas démissionne en mars. Il enchaîne : 4 semaines en intérim à 35 h (140 h), puis 6 semaines en CDD à 28 h (168 h), puis 5 semaines en CDD à 32 h (160 h). Total cumulé : 468 heures. Thomas franchit le seuil malgré le morcellement. À partir du 122ᵉ jour de chômage et sur preuve de recherche active d'emploi, il peut prétendre à l'ARE.
Cas 5 — Émilie, 54 ans, seuil rehaussé
Émilie, allocataire en cours d'indemnisation, retrouve un emploi et démissionne après 14 semaines à 35 h (490 h). À 28 ans, elle aurait dépassé les 455 h. Mais elle a 54 ans : le seuil applicable est de 610 heures / 88 jours. Avec 490 h, elle reste sous le seuil senior. Son reliquat est préservé.
En résumé
Le seuil de 455 heures après démission joue dans deux directions opposées. Si vous aviez un reliquat ARE, restez en dessous. Si vous cherchez à ouvrir de nouveaux droits, franchissez-le, attendez 121 jours, puis demandez un réexamen IPR. Pour les 53-54 ans, le seuil applicable est porté à 610 heures.
Pour clarifier votre situation personnelle en moins d'une minute, le simulateur en haut de page calcule automatiquement le diagnostic. En cas de doute persistant ou de situation complexe, un rendez-vous avec un conseiller France Travail ou un avocat en droit social reste indispensable.
Sources : Convention Unédic du 15 novembre 2024 (unedic.org), Arrêté du 19 décembre 2024 portant agrément (legifrance.gouv.fr), fiche service-public.gouv.fr « Démission et chômage » (F34991), page France Travail « Démission et assurance chômage » (francetravail.fr), article L. 5422-1 du Code du travail.