SARL familiale : conditions, IR et fiscalité 2026
La SARL familiale permet d'opter pour l'IR sans limite de durée (art. 239 bis AA CGI). Conditions, fiscalité, LMNP et réforme 2025 : le guide complet.

La SARL familiale permet d'opter pour l'IR sans limite de durée (art. 239 bis AA CGI). Conditions, fiscalité, LMNP et réforme 2025 : le guide complet.

La SARL familiale est une SARL classique dont tous les associés sont membres d'une même famille et qui opte pour le régime fiscal des sociétés de personnes. Ce n'est pas une forme juridique distincte : c'est un régime fiscal ouvert par l'article 239 bis AA du Code général des impôts, qui permet d'être imposé à l'impôt sur le revenu (IR) sans limite de durée, là où une SARL ordinaire ne peut opter que pour cinq exercices. Ce guide détaille les deux conditions à respecter (lien de parenté et activité éligible), le fonctionnement de l'option à l'IR, la fiscalité des bénéfices, l'usage très répandu en location meublée (LMNP) et l'impact de la réforme des amortissements votée en loi de finances 2025.
La SARL de famille, aussi appelée SARL familiale, désigne une société à responsabilité limitée réunissant uniquement des membres d'une même famille et ayant choisi d'être imposée selon le régime des sociétés de personnes. Elle conserve toutes les caractéristiques d'une SARL de droit commun : responsabilité des associés limitée à leurs apports, capital social librement fixé, gérance, statuts. Seul son régime fiscal la distingue.
Il n'existe pas de statut « SARL de famille » au registre du commerce : juridiquement, vous créez et immatriculez une SARL ordinaire. La qualification « familiale » résulte uniquement d'un choix fiscal exercé après (ou lors de) la constitution. Les démarches de création restent identiques à celles de toute société — rédaction des statuts, dépôt du capital, publication d'une annonce légale et immatriculation de votre société au guichet unique. La dimension familiale se joue au niveau de la composition du capital et de l'option fiscale, pas de la forme sociale.
Par défaut, une SARL est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) : la société paie l'impôt sur son bénéfice, puis les associés sont imposés sur les dividendes éventuellement distribués. La SARL de famille permet d'échapper à cette double étape en optant pour le régime des sociétés de personnes de l'article 8 du CGI : le bénéfice n'est plus imposé au niveau de la société mais directement entre les mains de chaque associé, à proportion de sa part. Cette « transparence fiscale » est le cœur du dispositif prévu par l'article 239 bis AA du CGI.
Deux conditions cumulatives ouvrent droit au régime de la SARL de famille : un lien de parenté entre tous les associés et une activité éligible. Si l'une des deux disparaît, le régime prend fin.
L'article 239 bis AA réserve le régime aux sociétés « formées uniquement entre personnes parentes en ligne directe ou entre frères et sœurs, ainsi que les conjoints et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité ». Concrètement, les associés peuvent être :
La condition est stricte : tous les associés doivent entrer dans l'un de ces liens. La présence d'un seul associé extérieur — un ami, un cousin (parent en ligne collatérale au-delà des frères et sœurs), un investisseur tiers — rend le régime inapplicable. Les différentes branches doivent aussi former un ensemble cohérent : chaque associé doit être rattaché à la famille au sens du texte.
Le texte vise les SARL « exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale ou agricole ». Ces quatre familles d'activités sont donc éligibles. À l'inverse, les activités libérales et les activités civiles pures (dont la gestion de patrimoine immobilier en location nue) n'entrent pas dans l'énumération légale et sont donc exclues du régime. Ce point est déterminant pour les projets immobiliers : la location meublée, considérée comme commerciale, ouvre le régime, tandis que la location nue le ferme (voir plus loin).
L'intérêt central de la SARL de famille tient à la nature de son option à l'IR, plus souple que celle offerte aux autres SARL.
C'est la différence majeure à retenir. L'article 239 bis AA ne fixe aucune durée à l'option : la SARL de famille reste à l'IR aussi longtemps que la condition familiale est respectée. À l'inverse, une SARL non familiale qui souhaite être imposée à l'IR relève de l'article 239 bis AB, dont l'option « est valable pour une période de cinq exercices » avant un retour automatique à l'IS. Une famille qui veut piloter son activité à l'IR sur le long terme a donc tout intérêt à remplir les conditions de la SARL de famille, seul dispositif offrant une transparence fiscale durable.
| Critère | SARL de famille (art. 239 bis AA) | SARL classique à l'IR (art. 239 bis AB) |
|---|---|---|
| Durée de l'option IR | Illimitée | 5 exercices maximum |
| Condition sur les associés | Lien familial exigé | Capital détenu majoritairement par des personnes physiques |
| Ancienneté de la société | Sans condition d'âge | Créée depuis moins de 5 ans lors de l'option |
| Fin du régime | Entrée d'un associé non familial | Retour automatique à l'IS après 5 ans |
L'article 239 bis AA est clair sur un point : « l'option ne peut être exercée qu'avec l'accord de tous les associés ». L'unanimité est donc requise. En pratique, l'option se matérialise par une décision collective des associés et une notification au service des impôts des entreprises dont dépend la société. Elle peut être exercée dès la création ou en cours de vie sociale. Compte tenu des conséquences fiscales durables de ce choix, il est prudent de le sécuriser avec votre expert-comptable et de vérifier que la rédaction des statuts et la composition du capital ne fragilisent pas la condition familiale.
Sous le régime des sociétés de personnes, la société ne paie pas d'impôt sur son résultat. Le bénéfice est réparti entre les associés au prorata de leurs droits, puis chacun l'intègre à sa déclaration de revenus dans la catégorie correspondant à l'activité (le plus souvent les bénéfices industriels et commerciaux, BIC). Point d'attention essentiel : l'associé est imposé sur sa quote-part de bénéfice même si celui-ci n'est pas distribué. La transparence fiscale est donc avantageuse quand les associés ont un taux marginal d'imposition modéré ou lorsque la société génère des déficits, mais elle peut coûter cher si les bénéfices sont élevés et laissés dans la société.
La contrepartie de cette transparence est favorable en phase de lancement : un déficit de la SARL de famille remonte chez les associés et peut, dans les conditions de droit commun, s'imputer sur leurs autres revenus de même nature. C'est un atout par rapport à l'IS, où le déficit reste « prisonnier » de la société. Les cessions d'éléments d'actif relèvent quant à elles du régime des plus-values professionnelles. Chaque situation (imputation des déficits, exonérations éventuelles, régime des plus-values) doit être appréciée au cas par cas : faites valider le traitement par un professionnel avant toute opération significative.
La SARL de famille est un montage prisé pour détenir et louer un patrimoine immobilier meublé en famille. La raison est juridique : la location meublée est une activité commerciale relevant des BIC en vertu de l'article 35 du CGI, ce qui la rend éligible au régime de la SARL de famille. On peut ainsi rester à l'IR tout en logeant l'immobilier locatif dans une société à responsabilité limitée. La location nue, elle, reste une activité civile : elle n'ouvre pas droit au régime et relève plutôt de la SCI.
Ce schéma permet, au régime réel, de déduire les charges et de pratiquer l'amortissement comptable du bien et du mobilier, réduisant fortement le résultat imposable pendant la phase de location. C'est précisément cet avantage que la loi de finances pour 2025 est venue encadrer à la revente.
L'article 84 de la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) a modifié le calcul de la plus-value de cession des biens en location meublée non professionnelle. Désormais, les amortissements déduits pendant la période de location viennent en principe minorer le prix d'acquisition retenu pour calculer la plus-value imposable (modification de l'article 150 VB du CGI). Traduction concrète : l'économie d'impôt réalisée grâce à l'amortissement pendant la détention est en partie reprise au moment de la vente, via une plus-value plus élevée.
Le texte prévoit des exceptions : sont notamment exclus de cette réintégration certains logements de résidences services (logements pour étudiants, jeunes en formation ou apprentis, résidences pour personnes âgées, établissements sociaux et médico-sociaux, structures de soins de longue durée). Cette réforme étant récente et son interprétation encore en cours de précision par l'administration, il est vivement recommandé de faire chiffrer l'impact d'une revente par votre expert-comptable avant de céder un bien meublé détenu via une SARL de famille.
Le régime de la SARL de famille combine des atouts réels et des contraintes qu'il faut mesurer avant de se lancer.
Le choix entre l'IR (via la SARL de famille) et l'IS (régime de droit commun de la SARL) dépend surtout du profil de résultat et de la stratégie de distribution. L'IR est souvent pertinent quand la société dégage des déficits en phase de lancement ou quand les associés ont un taux marginal faible et prélèvent l'essentiel du bénéfice. L'IS devient généralement plus intéressant lorsque la société est bénéficiaire et que les associés veulent réinvestir le résultat dans l'entreprise plutôt que de l'appréhender personnellement. Cet arbitrage doit être chiffré : demandez une simulation comparée à votre expert-comptable.
SARL de famille et SCI répondent à des besoins différents. La SCI, de nature civile, convient à la détention et à la location nue d'un patrimoine immobilier, mais ne peut exercer une activité de location meublée à titre habituel sans risquer une requalification et un passage à l'IS. La SARL de famille, commerciale, autorise au contraire la location meublée tout en offrant la responsabilité limitée et une option à l'IR durable. Le critère décisif est donc la nature de la location envisagée : nue (SCI) ou meublée (SARL de famille).
Le régime de la SARL de famille est adossé au maintien du lien de parenté. L'article 239 bis AA précise que l'option « cesse de produire ses effets dès que des personnes autres que celles prévues dans le présent article deviennent associées ». Autrement dit, l'entrée au capital d'un associé extérieur à la famille met fin, de plein droit, au régime des sociétés de personnes : la société repasse alors à l'IS. Une cession de parts à un tiers, une donation mal cadrée ou l'arrivée d'un investisseur peuvent ainsi déclencher un changement de régime fiscal aux conséquences importantes. Toute évolution de l'actionnariat doit donc être anticipée avec un conseil pour préserver — ou organiser sciemment la fin de — la transparence fiscale.
La SARL de famille n'est pas une forme juridique mais un régime fiscal réservé, par l'article 239 bis AA du CGI, aux SARL réunissant uniquement des proches (parents en ligne directe, frères et sœurs, conjoints ou partenaires de PACS) et exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale ou agricole. Son atout décisif est l'option à l'IR sans limite de durée, quand une SARL classique est plafonnée à cinq exercices. Très utilisée pour la location meublée, elle doit désormais intégrer la réforme 2025 sur la réintégration des amortissements dans la plus-value. Avant de choisir ce régime — ou d'en sortir — faites valider l'arbitrage IR/IS et son impact patrimonial par votre expert-comptable.
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