Impôt sur la fortune improductive et assurance vie : ce qui s'applique réellement en 2026
L'impôt sur la fortune improductive devait taxer les fonds euros à 1 %. Ce qui s'applique réellement en 2026 et ce qui peut revenir en 2027. Simulateur inclus.

L'impôt sur la fortune improductive devait taxer les fonds euros à 1 %. Ce qui s'applique réellement en 2026 et ce qui peut revenir en 2027. Simulateur inclus.

Simulez votre exposition selon les trois versions débattues en 2025-2026 et comparez avec l'IFI réellement applicable cette année.
Ajustez les montants ci-dessous. Le simulateur calcule en temps réel votre exposition selon chaque scénario.
Mise à jour du 11 mai 2026 — L'impôt sur la fortune improductive n'a pas été retenu dans la loi de finances 2026, promulguée le 2 février 2026 après recours à l'article 49.3. Les fonds en euros de votre assurance vie ne sont pas taxés à ce titre cette année. L'impôt sur la fortune immobilière (IFI) demeure dans sa forme actuelle, limité au patrimoine immobilier au-dessus de 1,3 million d'euros.
L'automne 2025 a été marqué par une séquence d'annonces fiscales anxiogène pour les épargnants. Un amendement adopté à l'Assemblée nationale visait à transformer l'IFI en impôt sur la fortune improductive et intégrait les fonds en euros de l'assurance vie dans l'assiette imposable. La presse patrimoniale a relayé l'inquiétude, certains courtiers ont conseillé des arbitrages d'urgence avant le 31 décembre. Six mois plus tard, le verdict est sans ambiguïté : la mesure n'est pas entrée en vigueur. Cet article reconstitue le parcours législatif, détaille ce qui s'applique réellement à votre contrat aujourd'hui, et expose les scénarios pour le projet de loi de finances 2027.
L'impôt sur la fortune improductive n'a jamais existé juridiquement. Trois étapes l'ont fait apparaître puis disparaître :
Le législateur a donc neutralisé une mesure qui avait été adoptée à l'Assemblée et qui était proche d'être votée définitivement.
L'impôt sur la fortune immobilière (IFI), codifié aux articles 964 à 982 du Code général des impôts, s'applique au 1er janvier 2026 dans sa version d'origine de 2018. Ses caractéristiques principales :
Pour l'assurance vie, l'article 972 du CGI ne maintient dans l'assiette IFI que la valeur représentative des unités de compte composées d'actifs immobiliers (SCPI logées en UC, par exemple). Les fonds en euros et les unités de compte investies en actions, obligations corporate ou private equity demeurent hors champ de l'IFI.
| Date | Étape | Issue |
|---|---|---|
| 14 octobre 2025 | Dépôt du PLF 2026 au Conseil des ministres | — |
| 31 octobre 2025 | Vote AN amendement I-3379 (impôt fortune improductive) | Adopté 163/150 |
| 21 novembre 2025 | Vote PLF 2026 en 1ʳᵉ lecture à l'AN | Rejeté |
| 28 novembre 2025 | Vote Sénat amendement I-381 (contribution hauts patrimoines) | Adopté |
| 15 décembre 2025 | Vote PLF 2026 au Sénat | Adopté 187/109 |
| 19 décembre 2025 | Échec de la commission mixte paritaire | — |
| 23 décembre 2025 | Loi spéciale de financement | Promulguée |
| Janvier 2026 | Trois recours successifs à l'article 49.3 | Six motions de censure rejetées |
| 2 février 2026 | Adoption définitive de la LF 2026 | IFI improductif écarté |
| 19 février 2026 | Décision du Conseil constitutionnel | Validation |
La séquence montre une mesure adoptée en première lecture mais sortie de la version finale au moment du compromis politique pour faire passer le budget.
L'amendement n° I-3379, déposé par Jean-Paul Mattei (MoDem) et sous-amendé par Philippe Brun (PS), visait à corriger ce que ses auteurs considéraient comme une incohérence économique de l'IFI : taxer le seul patrimoine immobilier, y compris quand il finance l'économie réelle via la location, tout en exonérant des actifs jugés peu productifs (or, yachts, objets précieux). L'exposé des motifs proposait de réformer l'IFI « pour qu'il se rapproche d'un impôt sur la fortune improductive ».
Le nouveau texte de l'article 964 du CGI, tel qu'adopté en première lecture à l'Assemblée, intégrait dans l'assiette :
La formulation visait explicitement les fonds en euros, considérés comme des supports garantis investis principalement en obligations d'État et en liquidités — donc, dans la doctrine portée par les auteurs, peu engagés dans le financement direct des entreprises.
Le mécanisme retenu par les députés simplifiait drastiquement le calcul :
Les unités de compte investies en actions, obligations corporate, OPCVM, ETF, private equity ou produits structurés demeuraient hors de l'assiette. La distinction reposait sur la doctrine d'improductivité : les UC alimentent les marchés financiers et les entreprises, le fonds en euros stocke du capital garanti dont la contribution productive est jugée plus indirecte.
Cette asymétrie fonds euros / UC aurait reconfiguré les arbitrages de fin d'année 2025. Plusieurs courtiers ont d'ailleurs conseillé, fin novembre et début décembre, des transferts précipités — qui se sont révélés inutiles après le 49.3.
Le Sénat, dominé par une majorité de droite et de centristes, a redessiné le texte sur amendement du rapporteur général Albéric de Montgolfier (LR), conjointement avec un amendement de Sylvie Vermeillet (UC). La nouvelle dénomination — contribution des hauts patrimoines — modifiait l'angle politique : il ne s'agissait plus de pénaliser l'improductivité, mais de réserver l'imposition aux patrimoines véritablement élevés.
Le seuil d'assujettissement était relevé à 2 570 000 €, deux fois supérieur à celui de l'IFI actuel. Cette élévation répondait à un argument récurrent du Sénat : l'IFI capture aujourd'hui des contribuables franciliens devenus redevables non par enrichissement réel, mais par la simple inflation immobilière de leur résidence principale.
| Élément | Version Assemblée (31 oct.) | Version Sénat (28 nov.) |
|---|---|---|
| Seuil | 1 300 000 € | 2 570 000 € |
| Taux | 1 % flat | 1 % flat |
| Résidence principale | Abattement 1 M€ sur un bien | Abattement 30 % maintenu |
| Immobilier locatif | Inclus (sauf DPE A-D + bail > 1 an) | Exclu intégralement |
| Fonds euros AV | Inclus explicitement | Inclus via « liquidités » |
| Or, biens somptuaires | Inclus | Inclus |
| Cryptoactifs | Inclus | Inclus |
La fracture principale portait sur le traitement de l'immobilier locatif : les sénateurs estimaient qu'un logement loué constitue un actif productif (il offre du logement, génère un loyer imposable, finance indirectement les bailleurs) et ne devait pas être taxé. Les députés avaient retenu l'angle inverse, considérant que la valeur immobilière en elle-même n'est productive qu'à condition d'être qualifiée environnementalement.
Le compromis sénatorial poursuivait trois objectifs :
La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin avait alors évoqué un manque à gagner de 600 millions d'euros par rapport à l'IFI actuel, tout en signalant une ouverture à la navette parlementaire.
Les fonds en euros sont des supports garantis investis majoritairement en obligations d'État, obligations corporate de signature investment grade et instruments du marché monétaire. Leur fonction première — garantir le capital à tout moment — impose une allocation prudente, dominée par les actifs liquides ou peu volatils.
Les auteurs de l'amendement Mattei-Brun considéraient que cette allocation, par sa nature prudente, ne finance pas directement l'économie productive (les entreprises, l'innovation, le capital risque). Dans cette doctrine, un fonds en euros est plus proche d'un livret d'épargne ou d'un compte courant que d'un investissement actionnaire — donc justiciable d'une fiscalité similaire à celle des biens improductifs.
Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, a contesté frontalement cette qualification dès l'adoption de l'amendement. Selon ses chiffres, à fin juin 2025, 63 % des encours de l'assurance vie étaient investis dans des titres d'entreprises et 24 % dans des obligations souveraines. Les fonds en euros, par leur poids dans la collecte longue, constituent l'un des principaux financements de la dette publique et corporate française.
L'encours total de l'assurance vie atteignait 2 084 milliards d'euros à fin août 2025, en hausse de 5,1 % sur un an. Sur les seuls dix premiers mois de 2025, la collecte nette s'élevait à 44 milliards d'euros — record absolu. Qualifier d'improductive une enveloppe dont l'encours dépasse le PIB allemand annuel a paru contestable à la quasi-totalité des fédérations professionnelles.
Si la version Assemblée avait été adoptée, l'asymétrie fiscale aurait redessiné l'allocation des contrats multisupports. À allocation identique, un patrimoine concentré sur les fonds euros aurait subi une imposition supplémentaire de 1 % par an au-dessus de 1,3 M€, là où une allocation UC en aurait été exonérée. L'écart fiscal, sur un encours de 1 million d'euros, représentait jusqu'à 10 000 € annuels — sans corrélation avec la performance financière des deux supports.
Les exemples ci-dessous comparent ce qui se serait appliqué selon les trois scénarios (version Assemblée, version Sénat, loi de finances 2026 effective). Tous les montants sont calculés selon les règles connues de chaque texte. Pour adapter à votre situation personnelle, utilisez le simulateur en haut de page.
| Scénario | Patrimoine taxable | Impôt dû |
|---|---|---|
| Version Assemblée (1,3 M€ / 1 %) | 1 100 000 € | 0 € (sous seuil) |
| Version Sénat (2,57 M€ / 1 %) | 1 650 000 € | 0 € (sous seuil) |
| LF 2026 effective (IFI classique) | 1 050 000 € | 0 € (sous seuil) |
Ce profil échappait à toutes les versions. La résidence principale, valorisée à 1,5 M€, bénéficiait d'un abattement (1 M€ à l'AN, 30 % au Sénat, 30 % en IFI réel).
| Scénario | Patrimoine taxable | Impôt dû |
|---|---|---|
| Version Assemblée | 1 000 000 € | 0 € (sous seuil) |
| Version Sénat (locatif exclu) | 1 640 000 € | 0 € (sous seuil 2,57 M€) |
| LF 2026 effective (IFI classique) | 2 640 000 € | ~12 090 € |
Ce profil paie la LF 2026 effective bien plus que les hypothèses écartées. L'IFI classique taxe l'intégralité de l'immobilier (RP avec abattement + locatif sans abattement), portant le patrimoine taxable à 2,64 M€. À ce niveau, le barème progressif s'applique : tranche 800 k€ → 1,3 M€ : 2 500 € ; tranche 1,3 M€ → 2,57 M€ : 8 890 € ; tranche 2,57 M€ → 2,64 M€ : 700 € ; total ≈ 12 090 € (avant décote éventuelle).
La leçon : pour ce profil, l'IFI improductif aurait paradoxalement été plus favorable que l'IFI classique applicable aujourd'hui.
| Scénario | Patrimoine taxable | Impôt dû |
|---|---|---|
| Version Assemblée | 980 000 € | 0 € |
| Version Sénat | 1 540 000 € | 0 € |
| LF 2026 effective | 560 000 € | 0 € (sous seuil) |
Ce profil de patrimoine financier diversifié n'était concerné par aucune version. Même la version Assemblée, la plus extensive, le maintenait sous le seuil de 1,3 M€ d'actifs improductifs.
L'argument central qui pouvait justifier un arbitrage fiscal massif fin 2025 a disparu. L'impôt sur la fortune improductive ne s'applique pas en 2026, les fonds en euros ne sont pas taxés à ce titre, et le calendrier législatif rend peu probable un retour avant l'automne 2026 au plus tôt — pour une application qui ne pourrait pas, dans le meilleur des cas pour le législateur, intervenir avant le 1er janvier 2027.
Cela signifie qu'un arbitrage doit aujourd'hui se justifier par des arguments financiers, pas fiscaux.
Trois critères structurent la décision d'arbitrage :
Un arbitrage massif des fonds euros vers les UC implique deux coûts à ne pas sous-estimer :
Si l'arbitrage est jugé pertinent pour des raisons financières, deux modalités principales :
Ces stratégies dissocient la décision fiscale (annulée par le 49.3) de la décision allocative (qui demeure pertinente).
L'amendement du 31 octobre 2025 avait été adopté par une coalition transversale et inhabituelle : MoDem, PS, RN, LIOT. Cette configuration est structurellement reproductible — aucun de ces groupes n'a renoncé à la mesure dans son projet politique. Le Rassemblement national a fait de l'imposition des « fortunes financières » l'un des marqueurs de sa stratégie économique ; le Parti socialiste cherche le rétablissement progressif d'un ISF élargi ; le MoDem défend la cohérence économique de l'assiette ; LIOT joue la flexibilité.
À l'inverse, le gouvernement (Ensemble pour la République) s'oppose au texte par crainte d'effets sur l'épargne ; Les Républicains (et la majorité sénatoriale) privilégient leur propre version (contribution des hauts patrimoines avec seuil relevé) ; La France Insoumise dénonce les abattements jugés trop favorables.
Le retour de la mesure dépendra moins du fond — qui fait consensus à l'AN — que du calendrier politique (probable dissolution, recomposition gouvernementale, équilibre des motions de censure).
Le rapport du CPO publié en décembre 2025 sur la fiscalité du capital donne au prochain gouvernement, quel qu'il soit, l'argumentaire technique complet pour réformer la fiscalité de l'épargne longue, y compris l'assurance vie. Le rapport documente notamment :
Trois scénarios principaux peuvent être identifiés à ce stade :
Les 15 % restants couvrent des scénarios alternatifs (Zucman, réforme successorale assurance vie, taxe spécifique fonds euros hors IFI, etc.).
L'absence d'urgence fiscale en 2026 ne dispense pas d'une préparation structurelle. La probabilité d'un retour du sujet au PLF 2027 justifie une démarche d'anticipation rationnelle.
Au minimum une fois par an, dresser un état patrimonial complet :
Pour chaque contrat : date d'ouverture (déclenche les fiscalités préférentielles à 8 ans), valeur de rachat au 1er janvier de l'année, répartition des supports (fonds euros, UC actions, UC obligations, UC immobilier, private equity), frais d'arbitrage et frais de gestion par support, bénéficiaires désignés et clause bénéficiaire. Cette documentation accélère toute décision en cas de modification fiscale annoncée.
Trois jalons en 2026 sont à monitorer :
Un retour de la mesure, s'il devait survenir, suivra ce calendrier prévisible.
L'impôt sur la fortune improductive a marqué l'actualité fiscale de l'automne 2025 sans entrer en vigueur. La loi de finances 2026 promulguée le 2 février 2026 maintient l'IFI dans sa forme actuelle, exclusivement immobilière. Les fonds en euros de votre assurance vie ne sont pas taxés à ce titre cette année.
La probabilité d'un retour du sujet au PLF 2027 justifie cependant une démarche d'anticipation : inventaire patrimonial annuel, documentation des contrats, scénarios conditionnels avec un conseiller. Utilisez le simulateur en haut de page pour évaluer votre exposition aux différents scénarios envisagés et mesurer votre situation actuelle au regard de l'IFI applicable.
Sources : Articles 964 à 982 du Code général des impôts (version en vigueur au 1er janvier 2026, Légifrance) ; amendement n° I-3379, PLF 2026, Assemblée nationale (22 octobre 2025) ; amendement n° I-381, PLF 2026, Sénat (28 novembre 2025) ; loi de finances 2026 promulguée le 2 février 2026 ; décision du Conseil constitutionnel du 19 février 2026 ; rapport du Conseil des prélèvements obligatoires sur la fiscalité du capital (décembre 2025) ; communiqué de France Assureurs (Paul Esmein, novembre 2025) ; données de collecte assurance vie 2025 — France Assureurs.
Mis à jour le 11 mai 2026. Page rédigée à des fins informatives. Les résultats du simulateur sont indicatifs et ne constituent ni un calcul officiel ni un conseil fiscal personnalisé. Pour toute situation patrimoniale supérieure à 1 M€, consultez un conseiller en gestion de patrimoine ou un expert-comptable.
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