Mise à jour : avril 2026 — chiffres officiels conformes à la circulaire Agirc-Arrco 2025-15-DT du 23 octobre 2025.
La revalorisation AGIRC-ARRCO de novembre 2025 n'a pas eu lieu — un fait inédit depuis la fusion des deux régimes en 2019. Faute d'accord entre patronat et syndicats lors du conseil d'administration du 17 octobre 2025, près de 14 millions de retraités du privé voient leur pension complémentaire gelée jusqu'au 31 octobre 2026. Concrètement, pour une pension complémentaire de 1 000 € par mois et une inflation prévue à 1,6 % en 2026, la perte de pouvoir d'achat sur l'année atteint près de 192 €. Ce guide détaille ce qui s'est passé, quels paramètres officiels s'appliquent désormais, combien vous perdez réellement et ce que vous pouvez faire d'ici la prochaine négociation d'octobre 2026. Le simulateur ci-dessus calcule en temps réel votre perte de pouvoir d'achat selon votre montant exact de pension.
Revalorisation AGIRC-ARRCO de novembre 2025 : que s'est-il vraiment passé ?
La revalorisation AGIRC-ARRCO de novembre 2025 est tout simplement absente : aucun centime de hausse n'a été versé aux retraités au 1er novembre 2025. Cette absence n'est pas un retard administratif ni une erreur de communication, mais bien la conséquence directe d'un blocage paritaire historique.
Le 17 octobre 2025, le conseil d'administration de l'AGIRC-ARRCO s'est réuni comme chaque année pour statuer sur le niveau de revalorisation des pensions complémentaires. Deux votes successifs ont échoué, faute de majorité entre représentants patronaux (MEDEF, CPME, U2P) et représentants syndicaux (CFDT, FO, CFE-CGC, CGT). Conséquence mécanique : la valeur de service du point a été maintenue à son niveau de novembre 2024, soit 1,4386 €, et la valeur d'achat du point figée à 20,1877 €.
La décision a été entérinée par la circulaire Agirc-Arrco 2025-15-DT du 23 octobre 2025, qui acte le maintien des paramètres en vigueur jusqu'au 31 octobre 2026. Ce gel paritaire historique du point AGIRC-ARRCO concerne près de 14 millions de retraités du secteur privé, pour un volume d'allocations versées de l'ordre de 100 milliards d'euros par an.
L'événement marque une rupture dans la trajectoire de revalorisation post-fusion 2019 : depuis la création du régime unifié, les partenaires sociaux étaient toujours parvenus à un accord, même modeste. La présidente du conseil d'administration, Brigitte Pisa, a confirmé qu'aucun rattrapage n'est prévu en cours d'année. Les prochaines négociations sont calées sur le calendrier habituel, à l'automne 2026.
Valeur du point AGIRC-ARRCO 2026 : ce qui change (et ce qui ne change pas)
Le système AGIRC-ARRCO repose sur deux valeurs distinctes, fréquemment confondues. Toutes deux sont gelées en 2026.
Valeur de service du point : 1,4386 € (gelée)
La valeur de service est le montant en euros que rapporte chaque point de retraite au moment de la liquidation des droits. Elle s'applique aux pensions déjà versées comme aux nouvelles liquidations. Depuis le 1er novembre 2024, elle est maintenue à 1,4386 €. Le gel actuel signifie que cette valeur ne bougera pas avant — au plus tôt — le 1er novembre 2026.
La formule de calcul est simple :
Pension annuelle brute = Nombre de points acquis × 1,4386 €
Un assuré ayant capitalisé 5 000 points perçoit donc 7 193 € brut par an, soit environ 599 € par mois. Avec 8 000 points, la pension brute annuelle s'élève à 11 508,80 €, soit 959 € mensuels. Aucune de ces sommes ne progresse en 2026, alors que la majorité des autres prestations sociales sont indexées sur l'inflation.
Valeur d'achat du point : 20,1877 € (gelée aussi)
La valeur d'achat, parfois appelée salaire de référence, est le coût d'acquisition d'un point pour les actifs encore en activité. Elle détermine combien de points un salarié et son employeur capitalisent à chaque échéance de cotisation. Pour 2026, elle reste fixée à 20,1877 €, comme en 2025.
La formule d'acquisition de points est la suivante :
Nombre de points acquis = (Assiette de cotisation × Taux de calcul) / 20,1877 €
Le gel de cette valeur a un effet ambivalent pour les actifs : il maintient le coût d'acquisition à son niveau actuel mais empêche toute progression mécanique des droits futurs en cas de hausse des salaires.
Tableau récapitulatif des paramètres 2026
| Paramètre |
Valeur 2026 |
Évolution vs 2025 |
Source |
| Valeur de service du point |
1,4386 € |
0 % (gelée) |
Circulaire 2025-15-DT |
| Valeur d'achat du point |
20,1877 € |
0 % (gelée) |
Circulaire 2025-15-DT |
| Plafond annuel Sécurité sociale (PASS) |
48 060 € |
+1,6 % |
Arrêté annuel |
| PASS mensuel |
4 005 € |
+1,6 % |
Arrêté annuel |
| Tranche 1 cotisation |
jusqu'à 1 PASS |
inchangé |
ANI 2023 |
| Tranche 2 cotisation |
de 1 à 8 PASS |
inchangé |
ANI 2023 |
| Coefficient de solidarité (malus 10 %) |
supprimé |
définitif depuis avril 2025 |
Décision paritaire |
Pourquoi le gel : les coulisses du désaccord paritaire du 17 octobre 2025
Le blocage du 17 octobre 2025 a mis en lumière des positions irréconciliables entre les deux collèges du conseil d'administration.
La position patronale : +0,2 % proposée
Les organisations patronales (MEDEF, CPME, U2P) ont soutenu une revalorisation limitée à +0,2 % — soit le minimum autorisé par la formule en vigueur. Leur argument repose sur la nécessité de préserver l'équilibre financier du régime à moyen terme, dans un contexte de tensions démographiques (le nombre de naissances est, pour la première fois depuis 1945, inférieur au nombre de décès en France) et d'incertitudes économiques.
La position syndicale : +0,8 % à +1 %
Les organisations syndicales (CFDT, FO, CFE-CGC, CGT) ont défendu une revalorisation plus proche de l'inflation, comprise entre +0,8 % et +1 %. Christelle Thieffinne, secrétaire nationale Protection sociale à la CFE-CGC, a qualifié la proposition patronale d'« incompréhensible » au regard des réserves financières du régime, qui s'élèvent à environ 85 milliards d'euros, avec un excédent technique de 1,6 milliard d'euros pour l'exercice 2024.
Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO en charge des retraites, a dénoncé une orientation patronale « contraire aux intérêts des retraités » et regretté l'absence de compromis face à une inflation hors tabac estimée à environ 1 % par l'INSEE pour 2025.
La règle de l'ANI du 5 octobre 2023 : inflation INSEE − 0,4 point
L'accord national interprofessionnel signé le 5 octobre 2023 fixe les règles de pilotage du régime pour la période 2024-2026. La formule de revalorisation est la suivante :
Taux de revalorisation = Inflation hors tabac (INSEE) − 0,4 point (facteur de soutenabilité)
Le conseil d'administration dispose ensuite d'une marge de manœuvre de ±0,4 point pour ajuster la décision finale. En 2025, l'INSEE anticipait une inflation hors tabac de 1 %. La base de discussion était donc de +0,6 %, ajustable entre +0,2 % et +1 %.
Faute de majorité sur l'un ou l'autre des taux proposés, deux votes successifs ont échoué. La règle paritaire impose alors le maintien du statu quo : aucune revalorisation, aucun rattrapage, aucune compensation. Le manque à gagner cumulé sur 12 mois de complémentaire devient pour les retraités une perte sèche, non récupérable.
Combien je perds concrètement ?
Le gel nominal de la pension complémentaire ne signifie pas une stabilité réelle : avec une inflation prévue autour de 1,6 % en 2026 (prévision INSEE/Banque de France), votre pouvoir d'achat s'érode mécaniquement. Pour une projection personnalisée selon votre montant exact de pension, utilisez le simulateur en haut de page.
À titre indicatif, voici l'impact estimé pour quelques profils types — en supposant une inflation 2026 à 1,6 % et un gel maintenu sur les 12 mois de la période (1er novembre 2025 → 31 octobre 2026) :
| Pension complémentaire mensuelle |
Perte de pouvoir d'achat / mois |
Perte / an |
Hausse théorique manquée (+0,6 %) |
| 300 € |
4,80 € |
57,60 € |
21,60 € |
| 600 € |
9,60 € |
115,20 € |
43,20 € |
| 1 000 € |
16,00 € |
192,00 € |
72,00 € |
| 1 500 € |
24,00 € |
288,00 € |
108,00 € |
| 2 500 € |
40,00 € |
480,00 € |
180,00 € |
Ces montants ne tiennent pas compte de la double peine inflation-gel 2025-2026 — c'est-à-dire de l'effet cumulatif si l'inflation 2026 dépasse les prévisions. À noter que ces pertes ne sont pas remboursables et qu'aucun mécanisme de rattrapage n'a été annoncé par la présidence de l'AGIRC-ARRCO.
Pension de réversion AGIRC-ARRCO : le gel s'applique aussi
Les pensions de réversion versées aux conjoints survivants subissent exactement le même gel. La formule de calcul reste inchangée :
Réversion annuelle brute = Points acquis par le défunt × 1,4386 € × 60 %
Pour un défunt ayant capitalisé 8 000 points (équivalent à une pension brute de 11 508,80 €/an de son vivant), le conjoint survivant perçoit donc une réversion brute annuelle de 6 905,28 €, soit environ 575,44 € par mois — sous réserve de respecter les conditions de ressources fixées par le régime (revenus annuels personnels inférieurs à un plafond actualisé chaque année).
Cette réversion AGIRC-ARRCO est cumulable avec la réversion de la retraite de base versée par l'Assurance retraite (CNAV/Carsat), sous conditions. Le gel pèse donc particulièrement sur les conjoints survivants, dont la pension de réversion représente souvent une part substantielle des ressources du foyer. Aucun ajustement spécifique n'a été prévu pour les bénéficiaires de réversion par la circulaire 2025-15-DT.
Retraite de base vs complémentaire : pourquoi un traitement différent en 2026
L'année 2026 illustre une asymétrie marquée entre les deux étages de la retraite des salariés du privé.
D'un côté, la retraite de base versée par la CNAV (Carsat en région) progresse de +0,9 % au 1er janvier 2026. Le projet initial du gouvernement, qui prévoyait un gel généralisé des pensions de base via le PLFSS 2026, a finalement été rejeté lors des négociations parlementaires de fin octobre 2025. Cette revalorisation de la pension de base est mécaniquement indexée sur l'inflation, conformément aux règles légales.
De l'autre côté, la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO reste figée à 0 % sur toute l'année 2026, jusqu'au 31 octobre. La gestion paritaire du régime, sans tutelle directe de l'État, autorise ce blocage en cas de désaccord entre partenaires sociaux.
L'impact net pour les retraités du privé dépend donc de la part respective de chaque étage dans leur pension globale :
| Profil |
Part complémentaire estimée |
Effet net 2026 |
| Ex-cadre supérieur |
50-65 % |
Hausse réelle limitée à ~0,4 %, voire négative |
| Ex-cadre intermédiaire |
35-50 % |
Hausse réelle ~0,5 %, sous-inflation |
| Ex-employé / ouvrier |
25-35 % |
Hausse réelle ~0,6 %, proche de l'inflation |
| Fonctionnaire / régime spécial |
0 % |
Hausse pleine de +0,9 % (non concerné par AGIRC-ARRCO) |
Pour les anciens cadres, dont la part complémentaire est mécaniquement plus élevée, le gel agit comme un correctif négatif sur leur pension globale. Cette asymétrie est rarement débattue publiquement, mais elle structure pourtant l'évolution réelle du pouvoir d'achat des retraités du privé.
Et après ? Perspectives pour la revalorisation AGIRC-ARRCO de novembre 2026
Le calendrier paritaire reste calé sur son rythme habituel. Le prochain conseil d'administration de l'AGIRC-ARRCO se réunira à l'automne 2026 (vraisemblablement mi-octobre, selon la tradition) pour statuer sur une éventuelle revalorisation applicable au 1er novembre 2026.
Plusieurs variables pèseront sur la décision :
- L'inflation 2026 : la prévision INSEE/Banque de France oscille autour de 1,3 % à 1,8 %. Plus l'inflation grimpe, plus la pression à revaloriser sera forte.
- Les réserves du régime : 85 milliards d'euros au dernier exercice, jugés « superflus » par la rapporteure du PLF 2025 du Sénat. Les projections les portent à 550 milliards d'euros en 2070 si rien ne change.
- L'excédent technique 2024 : +1,6 milliard d'euros, qui démontre la solidité financière du régime à court terme.
- Le contexte démographique : pour la première fois depuis 1945, le nombre de naissances est inférieur au nombre de décès. Cet élément, mis en avant par Brigitte Pisa lors de la présentation des résultats annuels, structurera les arbitrages à long terme.
La fenêtre de rattrapage octobre 2026 est ouverte mais incertaine. Les syndicats, notamment FO et la CFE-CGC, ont laissé entendre qu'ils saisiraient les outils paritaires pour obtenir une revalorisation rétroactive. La présidence du régime a, pour l'instant, fermé cette porte : aucun rattrapage du gel 2025 n'est prévu avant la négociation d'octobre 2026, qui devra alors statuer non seulement sur la revalorisation de novembre 2026, mais aussi — éventuellement — sur une compensation du manque à gagner antérieur.
Que faire en attendant ? Quatre actions concrètes
Le gel ne laisse aucune marge directe au retraité, mais quatre démarches restent utiles pour optimiser sa situation.
Vérifier votre relevé de points sur agirc-arrco.fr
Connectez-vous à votre espace personnel sur agirc-arrco.fr pour consulter le relevé exhaustif de vos points capitalisés. Des erreurs de carrière (périodes manquantes, employeurs non déclarés, points oubliés) sont relativement fréquentes et rectifiables. Chaque point régularisé représente 1,4386 € de pension annuelle brute supplémentaire, à vie. Cette vérification est particulièrement pertinente pour les futurs retraités à 5 ans de la liquidation.
Contrôler votre taux de CSG
Le taux de CSG appliqué en 2026 dépend du revenu fiscal de référence (RFR) 2024, inscrit sur l'avis d'imposition reçu en 2025. Une variation, même minime, du RFR peut faire basculer un retraité d'un taux de CSG à un autre — entraînant une variation parfois supérieure au gain qu'aurait apporté une revalorisation. Vérifiez votre avis d'imposition et anticipez les seuils du barème 2026 selon votre nombre de parts fiscales.
Vérifier votre éligibilité ASPA et aides locales
Les retraités aux ressources modestes peuvent prétendre à l'Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), parfois appelée minimum vieillesse. Son montant est revalorisé selon un calendrier distinct de celui de l'AGIRC-ARRCO. D'autres aides existent au niveau communal ou départemental (CCAS, complémentaire santé solidaire, aide énergétique). Un audit ressources est conseillé tous les 12 mois.
Auditer votre pension globale et la part de complémentaire
Connaissez-vous précisément la part de l'AGIRC-ARRCO dans votre pension globale ? Sur info-retraite.fr, le relevé global ventile les sommes par régime. Plus la part complémentaire est élevée, plus le gel pèse en proportion. Cette analyse permet d'anticiper l'évolution de votre revenu et, si pertinent, d'envisager une optimisation patrimoniale (assurance-vie, immobilier locatif léger, démembrement) en complément.
En résumé
La revalorisation AGIRC-ARRCO de novembre 2025 marque un précédent dans l'histoire du régime unifié : pour la première fois depuis 2019, aucune hausse n'a été votée. La valeur de service du point reste figée à 1,4386 € et la valeur d'achat à 20,1877 € jusqu'au 31 octobre 2026. Pour 14 millions de retraités du secteur privé, l'érosion du pouvoir d'achat équivaut à environ 1 % à 1,6 % selon les prévisions d'inflation 2026. Remontez en haut de page pour utiliser à nouveau le simulateur et calculer votre perte exacte.